16 Décembre 2018

En rouge et noir : la couleur symbolique
dans la grotte des Combarelles 1.
(Les Eyzies-de-Tayac, Dordogne)

 

Elena Paillet – Man-Estier
Conservatrice du patrimoine, Service régional de l’archéologie de la DRAC Bretagne, UMR6566 Université de Rennes I.

 

Située au cœur de la vallée « de l’Homme », le long de la rivière Vézère en Dordogne, la grotte des Combarelles I (Les-Eyzies-de-Tayac) est connue pour la qualité de son art gravé attribué au Magdalénien. Le long des 500m² de parois se mêlent d’innombrables chevaux, aurochs, rennes et bisons souvent réalistes et très détaillés. Ces gravures spectaculaires ne sont cependant pas les seuls témoignages artistiques du dispositif pariétal. En effet, parmi les animaux et en lien avec eux, se logent de nombreuses traces colorées, noires et rouges,  qu’une mauvaise conservation a souvent rendues peu lisibles.


(Illustration : Eric LE BRUN)

 

Mettant à profit les moyens actuels de traitement des images, nous avons réalisé un inventaire complet de ces traces, taches et autres marques colorées. Parce qu’elles sont présentes tout au long du parcours souterrain, parce qu’elles rythment notre découverte des représentations, elles nous ont semblé bien plus importantes qu’elles ne le semblent au premier abord. En réétudiant leur emplacement, leur contexte, leur mise en œuvre, nous avons pu mettre en évidence différentes façon de « mettre en couleur ». Nous avons surtout noté l’existence de très nombreuses traces, parfois infiniment discrètes, qui rehaussent et marquent les gravures animales. Ce supplément symbolique, si discret, nous semble une clé essentielle pour approcher au mieux les processus techniques, conceptuels et symboliques des artistes de la vallée de la Vézère, il y a environ 17000 ans.


18 Novembre 2018

« Structures de pierres sèches pour
la gestion de l’eau, du lait, du beurre
et du fromage en montagnes
pyrénéenne et corse »

Par Yves Gruet*, en collaboration avec Françoise Baron (Photographies)
* Maître de Conférence retraité de l’Université de Nantes

Un berger «traditionnel» de la vallée d’Aspe nous a accueilli au cours de ses activités des années 1995 à 2000. L’essentiel de son travail en estive a pour but la fabrication et la conservation du fromage de brebis ou de vache destiné à la vente. La chaîne opératoire suit une logique qui est celle de la transformation du lait en fromage. D’une manière schématique il y a d’abord le pâturage, puis la traite, la conservation du lait, le chauffage du lait qui est transformé en fromage, la conservation et enfin la vente dans la vallée. Ces activités sont opérées dans un certain espace et dans des structures de pierre sèche appropriées. Ailleurs en montagnes pyrénéenne et corse nous avons situé des territoires et mesuré (dimensions, orientations) les restes de structures en pierres auxquelles nous redonnons une fonction d’après notre approche ethnographique de la vie d’un berger en vallée d’Aspe: cabanes (habitat), parcs à moutons ou chèvres couloirs de traite, etc…


Exemple de saloir «traditionnel»: le coffre-fort du berger. Fromages conservés au frais et à l’abri des «grignoteurs». Remarquer le sol dallé, l’utilisation de bois pour y disposer les fromages salés et retournés pendant quelques jours (photographie F. Baron).


Bergerie dans le Massat (Ariège). Il y était fabriqué du beurre ou du fromage de vache.


21 Octobre 2018

Du fait de l’indisponibilité de l’amphithéâtre à cause de l'organisation de la Fête de la Science, le 14 Octobre,
et contrairement à ce qui avait été convenu avec le Muséum, Monsieur Denaire ne pourra assurer sa conférence qui est reportée au 13-01-2019.


15 avril 2018

PANORAMA DES ÂGES DU FER EN LOIRE-ATLANTIQUE

Axel Levillayer, archéologue responsable d’opération, Grand Patrimoine de Loire-Atlantique, chercheur associé à l’UMR 6566 CReAAH.

Il y a encore une quinzaine d’années, nos connaissances sur l’âge du Fer en Loire-Atlantique étaient pour le moins lacunaires. Lors de l’exposition tenue au musée Dobrée en 1999, à l’occasion de la venue du colloque annuel de l’Association Française pour l’Étude de l’Âge du Fer, les collections présentées étaient celles acquises au XIXe siècle et provenaient même très majoritairement des départements voisins.
Depuis les lois de 2001 et 2003 sur l’archéologie préventive et le développement de cette dernière, les données ont été profondément renouvelées et enrichies.

À partir des données les plus récentes, et bien que des vides documentaires – qu’il faut interroger – demeurent, on peut aujourd’hui examiner cette période sous un regard nouveau, en lien avec les problématiques qui ont cours ailleurs en France et en Europe.

L’habitat est le domaine le mieux connu à l’heure actuelle. Les recherches développées à l’échelle du site, mais également d’un point de vue systémique, permettent aujourd’hui de se faire une idée de l’organisation et de l’évolution des habitats ruraux au moins sur les six derniers siècles avant notre ère. Cet exercice peut aujourd’hui être réalisé à l’échelle de territoires particulièrement bien documentés : le pays guérandais, l’interfluve Erdre-Loire et le pays d’Ancenis. Les distinctions entre les sites, leurs relations, et les activités qui y ont cours, peuvent être examinées et interrogent l’organisation de ces terroirs dont les caractéristiques naturelles (notamment celles des ressources minières) revêtent une importance particulière.
Ainsi en va-t-il de la production de sel ignigène. Artisanat emblématique de notre territoire ayant figuré parmi les secteurs les plus précocement documentés, son étude est aujourd’hui renouvelée par les découvertes récentes.

Des sites au statut particulier, par leur organisation ou les structures qui les caractérisent, ont récemment fait l’objet de recherches préventives ou programmées qui permettent de lever un coin du voile sur eux. Des sites fortifiés qui relèvent de chronologies différentes et probablement aussi de fonctions différentes existent au Pouliguen, à Bouguenais et bien sûr à Vue où l’oppidum est aujourd’hui avéré.

Si les pratiques funéraires restent encore largement à documenter, des données indirectes sous la forme des stèles funéraires et la découverte de plusieurs ensembles vraisemblablement liés à des pratiques sépulcrales (en particulier dans l’agglomération nantaise), documentent la période de transition entre les deux âges du Fer.


18 mars 2018

A la poursuite du « Dieu-cerf » !
ou
De l’archéologie préhistorique face au fait social !

Causerie par Cyrille Chaigneau, Adjoint du Patrimoine-Médiateur scientifique, Musée de Préhistoire James Miln-Zacharie Le Rouzic, Carnac

Animal guide, roi des forêts, réputé indomptable, symbole universel du sauvage, de la puissance sexuelle, de la noblesse, de la longévité ou de la résurrection, le cerf est vénéré et chassé depuis des millénaires. Sa mise à mort encore ritualisée, telle un sacrifice, nourrit et protège les hommes après une poursuite qui lance le chasseur sur les chemins de possibles conversions.
Aujourd’hui comme hier, le cerf occupe dans l’imaginaire des hommes une place sans commune mesure avec l’espace qu’il colonise. L’urbanisation massive des sociétés contemporaines n’y fait rien ou peu. L’animal continue de fasciner.

S’il partage avec le loup, le lion ou l’aigle, la position de figure emblématique universelle, il possède une particularité unique : celle de servir de passeur entre ici et ailleurs, entre les en-deçà et les au-delà ! Depuis le Paléolithique, on le voit veiller sur les morts ou parfois sur les vivants contre le retour des âmes en pointant ses andouillers vers le défunt.

Il est impossible d’étudier le cerf dans tous ses états, nourricier, guérisseur, pourvoyeur d’objets ménagers, de vêtements, d’outils ou d’armes, ni même d’analyser l’universalité de ses fonctions symboliques. La tâche est immense, insurmontable, vertigineuse.
Nous nous contenterons donc d’une balade à travers un paysage complexe esquissé par l’archéologie et l’immensité de la forêt des mythes, sur les traces de cet hypothétique « Dieu-cerf ». Nous appuyant sur la culture populaire contemporaine nous remonterons le fil du temps à la rencontre des imaginaires collectifs qu’il a générés en Europe occidentale ou ailleurs.

C’est ici que nous nous demanderons s’il est possible pour l’archéologie, Science du fait matériel, d’aborder archéologiquement un tel sujet d’étude, réceptacle de tous les imaginaires mais encore de tous les fantasmes, y compris ceux produits par cette même science. Le cerf pourrait bien être le moyen de nous interroger sur l’archéologie, ses méthodes et ses limites, quand elle se confronte au fait social.

Téviec


 


18 fécrier 2018

ASSEMBLEE GENERALE



14 janvier 2018
à 9h30 au Muséum

Ingénieur, chargé de recherche/responsable d’opération à l’INRAP Grand-Ouest/UMR 6566 CReAAH, Stéphane BLANCHET nous présentera un bilan des connaissances actuelles sur l’âge du Bronze en Bretagne, lors de sa conférence sur :

« ARCHITECTURES, TERRITOIRES ET SOCIÉTÉS À L’ÂGE DU BRONZE : QUELQUES EXEMPLES BRETONS

En Bretagne, les recherches et les travaux sur l’âge du Bronze se sont longtemps focalisés sur l’étude des monuments funéraires, les célèbres « Tumulus armoricains », et sur les dépôts d’objets métalliques.

Depuis une quinzaine d’années, le développement de l’archéologie préventive qui a notamment permis des approches extensives, la réalisation de fouilles programmées ou encore des travaux universitaires, ont contribué à un large renouvellement des données : plus d’une centaine d’habitats de l’âge du Bronze sont aujourd’hui connus dans la région.

Les travaux menés sur ces habitats, révélant par exemple des plans de maisons ou encore des systèmes agraires, témoignent d’une organisation du territoire dès la fin du IIIe millénaire et nous offrent une image renouvelée des sociétés de l’âge du Bronze armoricain. »